
Ma femme, Sophie, est un mystère. Pas le genre de mystère "où sont passées mes chaussettes" (quoique...). Non, c'est un mystère plus profond, plus... électronique. Vous voyez, Sophie n'a pas d'scan émotionnel. Enfin, d'après mon téléphone.
Laissez-moi vous expliquer. J'ai téléchargé une de ces applications ridicules, une de celles qui sont censées lire les expressions faciales et vous dire si quelqu'un est heureux, triste, en colère ou... je ne sais pas, excité à l'idée de manger des brocolis. Juste pour le fun. Et j'ai pointé l'appareil photo sur Sophie.
Résultat? Néant. Nada. Zilch. Un grand 0% sur toutes les émotions possibles et imaginables. Apparemment, Sophie est une sorte de cyborg émotionnel, une entité neutre incapable de ressentir quoi que ce soit, du moins selon mon téléphone.
La Science vs. Sophie
Bien sûr, je sais que c'est absurde. Je vois les émotions de Sophie tous les jours. Je la vois rire aux blagues nulles de mon père. Je la vois froncer les sourcils quand le chat renverse son café (encore!). Je la vois pleurer en regardant Le Roi Lion (oui, même après l'avoir vu 37 fois).
Mais l'application, elle, reste implacable. Un véritable mur d'indifférence numérique face à une femme débordante de vie. Au début, j'ai pensé que c'était un problème technique. J'ai redémarré l'application, le téléphone, l'ordinateur... J'ai même essayé de redémarrer Sophie! (Je plaisante, bien sûr... enfin, à moitié). Mais rien n'y fait.

Une nouvelle perspective
Alors, j'ai commencé à voir ça comme un défi. Une mission secrète pour percer le mystère de l'absence d'émotion scannée de Sophie. J'ai essayé toutes sortes de choses. Des blagues débiles (qui ont généralement fonctionné, mais l'application restait muette). Des compliments sincères (toujours rien). J'ai même essayé de lui lire des poèmes ringards (là, j'ai surtout récolté un regard désapprobateur, mais toujours aucun changement sur l'écran du téléphone).
Et puis, un jour, j'ai eu une révélation. Peut-être que le problème ne venait pas de Sophie, mais de l'application elle-même. Peut-être que les émotions de Sophie étaient trop complexes, trop subtiles, trop... Sophie pour être réduites à un simple pourcentage. Peut-être que l'amour, la joie, la tristesse, ne sont pas des choses que l'on peut quantifier, analyser, et afficher sur un écran.

Comme le disait Einstein (enfin, je crois), "Tout ce qui compte ne peut pas être compté, et tout ce qui peut être compté ne compte pas forcément."
J'ai réalisé que le véritable scan émotionnel de Sophie, c'était moi. C'était ma capacité à la comprendre, à ressentir ce qu'elle ressent, à être là pour elle, même quand elle a envie de regarder Le Roi Lion pour la 38ème fois.
Alors, maintenant, quand je sors l'application, Sophie lève les yeux au ciel. Mais je la vois sourire. Et ce sourire, même si mon téléphone ne le détecte pas, vaut tous les pourcentages du monde. Après tout, qui a besoin d'un scan émotionnel quand on a l'amour? (Bon, et peut-être aussi une bonne tasse de café. Surtout si le chat ne l'a pas renversée).