
Alors, mes amis, asseyez-vous, prenez un café (ou un verre de vin, on ne juge pas ici), et écoutez-moi. On va parler d’un type super cool, un peu le rockstar de la sociologie française : Émile Durkheim. Et plus précisément, de son bouquin, Les Règles de la Méthode Sociologique. Ne vous laissez pas intimider par le titre qui sonne super sérieux. En réalité, c’est moins compliqué que de monter un meuble IKEA sans notice (et croyez-moi, j’ai de l’expérience dans ce domaine).
Pourquoi Durkheim ? Parce que c’est lui le Chef !
Imaginez-vous à la fin du 19ème siècle. C’est le bordel. La société change à une vitesse folle, l’industrialisation bat son plein, les gens se déplacent, les valeurs traditionnelles foutent le camp. Les philosophes, les historiens, tout le monde essaie de comprendre ce qui se passe, mais chacun y va de sa petite interprétation subjective. Durkheim, lui, il en a marre de ce « chacun son avis ». Il veut une science, une vraie, pour étudier la société. Une science avec des règles, des preuves, des trucs sérieux quoi !
C’est un peu comme si, au lieu de demander à votre grand-mère pourquoi les jeunes d’aujourd’hui sont tous accros à TikTok, on faisait une étude rigoureuse avec des questionnaires, des statistiques et tout le tralala. Vous voyez la différence ? Votre grand-mère est adorable, mais ses théories sociologiques sont peut-être un peu… basées sur des on-dits et des "de mon temps..." Durkheim, lui, veut aller au-delà.
Les Règles, les Vraies, les Seules… ou presque !
Alors, quelles sont ces fameuses règles ? Accrochez-vous, ça va décoiffer (ou pas, mais on essaie de faire un peu de suspense) :
Règle Numéro 1 : Considérer les faits sociaux comme des choses
C’est le point central. Pour Durkheim, un fait social, c’est une manière d’agir, de penser, de sentir, qui existe en dehors de nous et qui nous influence. C’est, par exemple, le droit, la religion, la langue, la mode… Des trucs qui sont là, qui nous dépassent, et auxquels on se conforme plus ou moins consciemment.
L’idée géniale (ou pas si géniale, selon votre humeur du jour) de Durkheim, c’est de dire qu’il faut étudier ces faits sociaux comme on étudierait un caillou, une plante, une étoile. Objectivité, distance, pas de jugements de valeur ! Oubliez vos opinions personnelles sur le mariage, le suicide (on y reviendra), ou le port du string à la plage. Il faut observer, décrire, analyser, comme un biologiste disséquerait une grenouille. Bon, sans la grenouille, évidemment. On est en sociologie, pas en cours de sciences naturelles.
Imaginez essayer d'expliquer la popularité de la baguette de pain en France en disant juste que "c'est bon". Durkheim dirait qu'il faut regarder l'histoire, les habitudes culturelles, les symboles nationaux... bref, tout un tas de facteurs extérieurs à votre simple préférence gustative. La baguette, c'est un fait social, pas juste une collation.

Règle Numéro 2 : Définir l’objet de l’enquête
Pas de confusion ! Avant de se lancer dans une étude sociologique, il faut savoir exactement de quoi on parle. Si vous voulez étudier le suicide (Durkheim était un peu obsédé par le suicide, on dirait…), il faut définir ce qu’on entend par suicide. Est-ce qu’on inclut l’euthanasie ? Les accidents mortels liés à la consommation d’alcool ? Les sacrifices rituels ?
Une définition claire et précise, c’est la base. Sinon, on risque de mélanger les torchons et les serviettes, de comparer des pommes et des oranges. Et ça, Durkheim ne le supporte pas. Il serait capable de vous envoyer au coin avec un bonnet d’âne sociologique.
Pensez-y comme si vous vouliez cuisiner un gâteau. Vous ne pouvez pas commencer à mélanger des ingrédients au hasard en espérant que ça finira par ressembler à un forêt noire. Non, il faut une recette, une liste d'ingrédients précise et des instructions claires. C'est pareil pour la sociologie !
Règle Numéro 3 : Écarter les prénotions
Ah, les prénotions ! Ces idées toutes faites, ces jugements à l’emporte-pièce, ces clichés qu’on traîne tous dans notre cerveau. Durkheim nous dit : « Dégagez tout ça ! Faites le vide ! Soyez une tabula rasa ! » (Bon, il ne le dit pas exactement comme ça, mais c’est l’idée).

Par exemple, si vous voulez étudier les inégalités sociales, oubliez vos idées sur les riches paresseux et les pauvres fainéants. Oubliez ce que vous avez entendu à la télé, lu dans les journaux, ou appris de votre oncle raciste. Il faut aborder le sujet avec un esprit vierge, prêt à observer la réalité sans filtre.
C’est comme si vous essayiez de dessiner un paysage en regardant à travers des lunettes de soleil sales. Vous ne verriez pas les couleurs réelles, les détails subtils. Il faut enlever les lunettes, regarder le monde tel qu’il est, pas tel qu’on voudrait qu’il soit.
Règle Numéro 4 : Expliquer le social par le social
C’est une règle un peu plus technique, mais importante. Pour Durkheim, un fait social ne peut être expliqué que par un autre fait social. On ne peut pas expliquer le suicide par des raisons psychologiques (la dépression, le chagrin d’amour…), ni par des raisons biologiques (la génétique, les hormones…). Il faut chercher les causes sociales : le niveau d’intégration dans la société, le degré de régulation sociale…
C’est un peu comme si vous essayiez de réparer une voiture avec une fourchette. Ça ne marchera pas. Il faut utiliser les bons outils, les bonnes méthodes. En sociologie, les outils, ce sont les concepts sociologiques, les méthodes, c’est l’analyse des faits sociaux.

Par exemple, si le taux de divorce augmente, Durkheim ne dira pas que "les gens ne s'aiment plus". Il va chercher des explications dans l'évolution des lois sur le mariage, les changements dans le rôle des femmes, les nouvelles normes sociales sur la fidélité... des faits sociaux qui influencent les comportements individuels.
Et le Suicide dans tout ça ?
Vous vous demandez peut-être pourquoi je parle autant du suicide. C’est parce que Durkheim a écrit un bouquin entier sur le sujet, Le Suicide, et c’est un peu son chef-d’œuvre. Dans ce livre, il applique ses règles de la méthode sociologique pour montrer que le suicide n’est pas un acte purement individuel, mais un phénomène social influencé par des facteurs comme la religion, la famille, et l’intégration dans la société.
Il distingue plusieurs types de suicide :
- Le suicide égoïste : Lié à un manque d’intégration dans la société. Les personnes isolées, sans attaches, sont plus susceptibles de se suicider.
- Le suicide altruiste : Lié à une trop forte intégration dans la société. C’est le cas des martyrs religieux, des kamikazes… Des gens qui se sacrifient pour le bien du groupe.
- Le suicide anomique : Lié à un manque de régulation sociale. C’est le cas des personnes qui vivent des crises, des changements brutaux, qui perdent leurs repères. Pensez aux traders qui se jettent par la fenêtre après un krach boursier. (Bon, c’est un peu caricatural, mais ça donne l’idée).
- Le suicide fataliste : Lié à une trop forte régulation sociale. C’est le cas des personnes qui vivent dans des conditions oppressantes, sans espoir d’échappatoire. Les esclaves, les prisonniers…
Alors, la prochaine fois que vous entendez parler du suicide, ne vous contentez pas des explications simplistes. Pensez à Durkheim, à ses règles de la méthode sociologique, et essayez de comprendre les causes sociales de ce phénomène complexe.

Durkheim aujourd’hui : toujours pertinent ?
Plus d’un siècle après, est-ce que Durkheim a encore quelque chose à nous dire ? La réponse est oui, mille fois oui ! Ses idées sont toujours d’actualité, même si elles ont été nuancées, critiquées, et dépassées par d’autres sociologues. Durkheim a posé les bases de la sociologie moderne, il a montré comment étudier la société de manière scientifique, et il nous a appris à ne pas prendre nos préjugés pour des vérités.
Alors, la prochaine fois que vous vous demandez pourquoi les gens font ce qu’ils font, pensez à Durkheim. Et n’oubliez pas : la sociologie, c’est plus qu’un simple passe-temps. C’est un outil pour comprendre le monde, pour changer la société, et peut-être, même, pour sauver le monde (un peu d'optimisme ne fait jamais de mal !).
Et voilà, mes amis ! On a fait le tour de Durkheim et de ses Règles de la Méthode Sociologique. J'espère que vous avez apprécié ce petit voyage dans le monde fascinant (et parfois un peu bizarre) de la sociologie ! N'hésitez pas à relire Durkheim, ça peut vous aider à briller lors de vos prochaines conversations mondaines (ou au moins, à impressionner votre belle-mère).
Maintenant, qui paye la tournée ?