Les Bonnes De Jean Genet

Alors, mes amis, asseyez-vous, prenez un café, et laissez-moi vous raconter une histoire. Une histoire de femmes, de mensonges, et de théâtre tellement intense qu'il vous donnera envie de vérifier que vos propres domestiques ne vous empoisonnent pas. Je vous parle des Bonnes de Jean Genet. Ah, Genet... un type qui a passé plus de temps en prison qu'à l'Opéra Garnier, et ça se ressent dans son œuvre. C'est trash, c'est beau, c'est complètement dingue. Accrochez-vous, ça va secouer!

C'est quoi le délire des Bonnes?

Imaginez deux sœurs, Claire et Solange. Elles sont bonnes. Enfin, "bonnes"... en théorie. En réalité, ces deux-là passent leur temps à jouer à être Madame, leur patronne, et à s'accuser mutuellement. Un mélange explosif de jalousie, de fantasmes et de haine refoulée. C'est un peu comme Desperate Housewives, mais en version existentialiste et avec plus de plumes. Et sans le côté "pelouse bien taillée".

Le pitch, en gros :

  • Elles détestent Madame. Vraiment beaucoup.
  • Elles organisent des séances de jeu de rôle où l'une joue Madame et l'autre l'attaque verbalement (et parfois physiquement). C'est leur façon bizarre de décompresser après avoir ciré ses chaussures.
  • Elles ont dénoncé à la police le fiancé de Madame, un certain Monsieur, qui se retrouve en prison. Ça sent le roussi.
  • Elles préparent un plan pour tuer Madame. Disons que leur CV de femmes de ménage est un peu... atypique.

Un triangle infernal

Le plus fascinant, c'est la dynamique entre ces trois femmes. Madame, la bourgeoise superficielle et narcissique, est aveugle à la haine que lui vouent ses employées. Elle vit dans un monde de paillettes et de compliments, complètement déconnectée de la réalité. Claire et Solange, elles, sont prisonnières de leur condition et de leur propre amertume. Elles se haïssent autant qu'elles haïssent Madame, et c'est ça qui rend la pièce si intense. C'est un vrai ménage à trois... mais avec beaucoup de poison et très peu d'amour.

Genet, le voyou devenu dramaturge

Parlons un peu de l'auteur, Jean Genet. Ce type, c'est un peu le bad boy de la littérature française. Orphelin, voleur, prostitué, prisonnier... il a vécu une vie plus rocambolesque qu'un film de James Bond. Et c'est peut-être pour ça que ses pièces sont si fascinantes : elles sont imprégnées de sa propre expérience de la marginalité et de la transgression. Il connaissait la misère et le rejet, et ça se sent dans ses personnages. On a presque envie de leur faire un câlin (avant de s'assurer qu'ils n'ont pas de couteau caché dans leur manche).

Les Bonnes de Jean Genet | Gallimard
Les Bonnes de Jean Genet | Gallimard

Ce qu'il faut savoir sur Genet, c'est qu'il a été "sauvé" par un groupe d'intellectuels, dont Jean-Paul Sartre et Jean Cocteau. Imaginez la scène : les deux Jean, en train de débattre de la moralité de la société autour d'un verre de vin, tout en encourageant un ex-prisonnier à écrire des pièces de théâtre scandaleuses. Seule la France pouvait produire ça !

Pourquoi Les Bonnes est une pièce qui dérange encore aujourd'hui?

Plusieurs raisons, mon cher Watson :

Les Bonnes by Jean Genet
Les Bonnes by Jean Genet
  • La question de l'identité : Qui sont vraiment Claire et Solange ? Sont-elles des victimes de la société, des psychopathes en puissance, ou simplement deux femmes qui ont pété les plombs à force de passer l'aspirateur ? La pièce ne donne pas de réponse facile, et c'est ça qui est génial.
  • La critique de la bourgeoisie : Genet n'y va pas avec le dos de la cuillère pour dépeindre la superficialité et l'égoïsme de la classe dominante. Madame est un symbole de cette bourgeoisie déconnectée et arrogante. On a presque envie de la voir se faire empoisonner (presque...).
  • L'exploration des rapports de pouvoir : La pièce est un véritable jeu de massacre où chacun tente de dominer l'autre. Madame domine ses bonnes, Claire domine Solange, Solange domine Claire... C'est un cercle vicieux sans fin.
  • L'ambiguïté sexuelle : Genet aimait brouiller les pistes. Les relations entre les personnages sont souvent teintées d'une tension sexuelle latente. Est-ce qu'il y a de l'attirance entre les sœurs ? Est-ce que Madame est consciente du désir qu'elle suscite chez ses employées ? La pièce laisse planer le doute, et c'est ça qui la rend si troublante.

En gros, Les Bonnes, c'est une bombe à retardement. Une pièce qui vous prend aux tripes et qui vous force à vous poser des questions sur la société, sur la nature humaine, et sur la propreté de votre argenterie. Parce qu'après avoir vu cette pièce, vous ne regarderez plus jamais votre femme de ménage de la même manière !

Quelques anecdotes croustillantes sur la pièce

  • La première représentation a été un scandale. Le public était choqué, les critiques étaient partagées... bref, le succès!
  • Genet a écrit la pièce pour être jouée par des hommes. Oui, vous avez bien lu. Des hommes déguisés en femmes. Imaginez la tête de vos voisins en apprenant ça! C'est une façon de souligner le côté théâtral et artificiel des rôles de genre.
  • Plusieurs actrices célèbres ont incarné les rôles de Claire, Solange et Madame. On peut citer Jeanne Moreau, Bulle Ogier, et même Isabelle Huppert. Autant dire que c'est du lourd.
  • La pièce a été adaptée au cinéma plusieurs fois, mais aucune version n'a vraiment réussi à capturer la puissance brute et la poésie sombre du texte original.

Alors, faut-il aller voir Les Bonnes?

La réponse est un grand OUI! Si vous aimez le théâtre qui vous secoue, qui vous dérange, qui vous fait réfléchir, alors foncez. Mais attention, ce n'est pas une pièce pour les âmes sensibles. Préparez-vous à être confronté à la violence, à la cruauté, et à une bonne dose de malaise. Mais croyez-moi, ça vaut le coup. C'est une expérience théâtrale que vous n'oublierez pas de sitôt.

Et puis, si vous n'aimez pas, vous pourrez toujours dire que vous avez vu une pièce de Jean Genet. Ça fait toujours son petit effet lors d'un dîner entre amis. Vous pourrez même prétendre que vous avez tout compris (même si personne n'y croira). Allez, à la prochaine et n'oubliez pas de surveiller votre thé!