
Ah, le fameux Cahier Page De Garde Poésies ! Rien que le nom évoque des souvenirs... doux, amers, parfois carrément hilarants. Avouons-le, pour beaucoup d'entre nous, c'était un peu le purgatoire créatif de notre enfance. On était tiraillés entre le désir d'impressionner la maîtresse (toujours elle!) et l'envie irrésistible de dessiner des bonhommes allumettes qui se battent à l'épée.
L'Art Subtil de la Page de Garde
La page de garde, c'était le terrain de jeu où se confrontaient nos ambitions artistiques (souvent démesurées) et notre niveau réel de maîtrise du feutre Stabilo. C'était là qu'on devait prouver, avec force arabesques et couleurs criardes, qu'on était de dignes héritiers de Van Gogh... en version pré-pubère.
Le résultat ? Un joyeux bordel visuel, une symphonie de fautes d'orthographe soigneusement dissimulées sous des guirlandes de fleurs plus ou moins réussies. Sans parler des inévitables taches de colle Cléopâtre, reliques d'un atelier de création particulièrement... mouvementé.
- La composition : Centrée ? Asymétrique ? Complètement chaotique ? Le choix était vaste, mais le résultat, lui, était souvent... unique. (Un euphémisme, n'est-ce pas ?)
- Les motifs récurrents : Cœurs transpercés de flèches (passion débordante !), soleils souriants (optimisme à toute épreuve !), arc-en-ciels baveux (maîtrise de l'aquarelle... discutable !)
- L'inscription fatidique : "Cahier de Poésies – [Votre Prénom] [Votre Nom]". Avec une police d'écriture tellement élaborée qu'elle en devenait illisible. Un chef-d'œuvre d'incompréhension, en somme.
Les Poésies... ou l'Art de Torturer la Langue Française
Après la page de garde, venait le plat de résistance : les poésies. Ah, les poésies ! Des alexandrins récalcitrants, des rimes forcées, des métaphores bancales... C'était l'occasion rêvée de prouver qu'on pouvait massacrer Verlaine avec autant d'enthousiasme qu'on mettait à dévorer un paquet de BN.

On se souvient tous de ces moments de panique, la veille de la récitation, à essayer d'apprendre par cœur des vers incompréhensibles. On marmonnait, on bafouillait, on transpirait à grosses gouttes... Et le jour J, devant toute la classe, c'était le trou noir assuré. Un moment de grâce (ou de disgrâce, c'est selon) que l'on gardait précieusement enfoui au plus profond de notre mémoire.
Mais soyons honnêtes, malgré tout, ces poésies, ces pages de garde improbables, c'était aussi ça, l'enfance. C'était la liberté d'expérimenter, de se tromper, de recommencer. C'était un peu de nous, maladroit, naïf, mais terriblement attachant.

Et Aujourd'hui ?
Aujourd'hui, ces cahiers dorment probablement dans un carton au grenier, vestiges d'une époque révolue. Mais de temps en temps, on les ressort, on les feuillette, et on sourit. On se souvient de ces moments de doute, de ces moments de joie, de cette créativité débordante (même si parfois, elle partait un peu en vrille). Alors, la prochaine fois que vous croiserez un cahier de poésies oublié, ayez une pensée émue pour son auteur. Il a probablement souffert... mais il a aussi beaucoup ri. Et ça, ça vaut bien quelques alexandrins massacrés, non ?
Et si jamais vous retrouvez le vôtre, surtout, ne le jetez pas ! Il pourrait valoir une fortune... enfin, surtout aux yeux de votre mère. Et ça, ça n'a pas de prix. (Sauf peut-être une corbeille de fruits et un bouquet de fleurs pour la Fête des Mères. On ne sait jamais !)